Du 21 au 31 janvier 2026, Les Célestins accueillent La guerre n’a pas un visage de femme, une création puissante mise en scène par Julie Deliquet, d’après l’ouvrage culte de Svetlana Alexievitch. Un spectacle choral de 2h30, bouleversant et nécessaire, qui donne enfin la parole aux femmes engagées sur le front soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale.
Quand l’Histoire se raconte au féminin
En 1941, après la rupture du pacte germano soviétique, près de 800 000 femmes s’engagent spontanément dans l’Armée rouge. Brancardières, tireuses d’élite, pilotes ou agentes de renseignement, elles ont longtemps été effacées du récit officiel. Pendant sept années, Svetlana Alexievitch a recueilli leurs témoignages, donnant naissance à un livre longtemps censuré en URSS, avant de devenir une référence mondiale.
Julie Deliquet s’empare de cette matière brute et intime. Ici, pas de grandes batailles ni d’héroïsme spectaculaire. Le spectacle se concentre sur les corps, les voix, les souvenirs. Les règles au front, les cheveux coupés, les uniformes trop grands, la peur, la honte parfois, et la survie toujours.
Une mise en scène tout en écoute
Sur scène, dix comédiennes incarnent ces femmes à deux moments de leur vie. Leur jeunesse au front, puis leur cinquantaine, dans un appartement communautaire soviétique des années 1970. La scénographie, volontairement resserrée autour d’une cuisine encombrée, devient un espace collectif où la parole circule librement. Un choix fort, qui souligne à la fois la promiscuité imposée et la solidarité vitale.
La metteuse en scène s’efface presque, laissant le texte respirer. L’écoute devient un geste politique. Chaque mot est pesé, chaque silence compte. Le résultat est d’une précision rare et d’une émotion constante.
Un parcours artistique cohérent et engagé
Après Welfare, Julie Deliquet poursuit son travail documentaire, fidèle à un théâtre des voix invisibles. Formée au Studio Théâtre d’Asnières, actuelle directrice du CDN de Saint Denis, elle s’est illustrée avec Tchekhov, Brecht, Fassbinder ou encore Arnaud Desplechin. En 2023, elle était l’une des rares femmes invitées dans la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon.
Avec La guerre n’a pas un visage de femme, créée à Montpellier avant d’arriver à Lyon, elle confirme une signature artistique fondée sur l’empathie et la justesse.
Autour du spectacle
Plusieurs rendez-vous accompagnent les représentations, dont une projection au Cinéma Comœdia, une rencontre Télérama et une séance en audiodescription. Les tarifs s’échelonnent de 8 à 42 euros.
