piege filet moustique

Il veut piéger les moustiques tigres… avec son vélo : son filet lyonnais peut-il vraiment marcher ?

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Un filet de 42 litres, 10 km/h et plusieurs centaines de mètres cubes d’air balayés : nous avons passé cette idée folle au crible des calculs.

Le concept CycloMoustique V0.1 : l’air relatif gonfle le filet et guide les insectes vers une cartouche.

À Lyon, le moustique tigre n’est plus un visiteur : la ville est officiellement colonisée depuis 2014. Il pique le jour, mesure environ 5 millimètres et revient chaque saison autour des balcons, des jardins et des haies. Alors un ingénieur lyonnais a eu une idée aussi simple qu’un peu folle : utiliser son vélo comme une immense épuisette.

Pas de ventilateur, pas de bouteille de CO₂, pas de produit chimique. Le principe tient en une phrase : fixer derrière le vélo un filet ouvert vers l’avant ; en roulant lentement, l’air le gonfle et les moustiques présents dans la trajectoire entrent dans une cartouche dont ils ne peuvent plus ressortir.

L’idée lui serait venue après une balade le long du Rhône

Adrien Morel (identité modifiée) aurait 39 ans. Arrivé à Lyon en 2006 pour étudier le génie mécanique à l’INSA, il aurait ensuite travaillé sur l’aéraulique automobile, puis sur la ventilation de salles propres dans l’industrie pharmaceutique. Son métier : comprendre où passe l’air, mesurer les pertes de charge et transformer un croquis fragile en équipement testable.

Cycliste quotidien, il imagine le déclic un soir de juin, sur une portion calme de la ViaRhôna. « J’avais des moustiques autour des chevilles à chaque arrêt. Je me suis demandé pourquoi payer un ventilateur alors que le vélo fabrique déjà son propre courant d’air. »

Son premier dessin ressemble à une manche à air miniature : une ouverture elliptique de 500 × 300 mm, un filet conique de 850 mm de long et une cartouche transparente à l’extrémité. Le tout reste moins large qu’un guidon de vélo de ville et ne dépasse pas d’un mètre derrière le porte-bagages.

Le calcul qui donne envie d’y croire

L’ouverture elliptique représente 0,118 m². À 10 km/h, le volume d’air géométriquement rencontré atteint donc 1 178 m³ par heure. Sur le papier, c’est énorme. Mais ce chiffre est un plafond : le cycliste et la roue arrière créent un sillage turbulent, une partie de l’air contourne l’ouverture et la maille freine l’écoulement.

En retenant un coefficient de passage réaliste à vérifier de 30 à 50 %, le débit effectivement échantillonné tomberait entre 353 et 589 m³/h. La valeur centrale du projet est 448 m³/h. La physique autorise donc le concept : le filet peut se gonfler et balayer plusieurs centaines de mètres cubes d’air sans moteur.

La traînée resterait modeste en air calme : environ 0,3 à 0,6 N à 10 km/h, soit de l’ordre de 1 à 2 W supplémentaires au pédalage. En revanche, un vent latéral ou une rafale peut créer un moment bien plus gênant qu’une simple résistance frontale. C’est l’un des risques majeurs du prototype.

Combien de moustiques peut-il vraiment capturer ?

C’est ici que le rêve rencontre le terrain. Le volume balayé ne dit pas combien de moustiques se trouvent réellement dans ce volume. Le rendement dépend de la densité locale, de l’heure, de la température, du vent, de la végétation, de la hauteur du filet et de la capacité des insectes à éviter l’ouverture.

Simulateur du vélo-piège à moustiques

Simulateur du vélo-piège

Il estime un ordre de grandeur, pas un rendement sanitaire. Modifiez les hypothèses et observez l’incertitude.

Air géométrique1 178 m³/h
Air effectif448 m³/h
Captures estimées2,9

Le modèle d’Adrien utilise une concentration exprimée en moustiques tigres actifs pour 1 000 m³ d’air. Avec 10 moustiques pour 1 000 m³, un débit effectif de 448 m³/h et 65 % de rétention, le résultat médian atteint seulement 2,9 captures par heure. Dans une rue peu infestée, le compteur pourrait rester proche de zéro. Dans une haie très active, il pourrait dépasser 10 ou 15 captures par heure.

Ces nombres ne sont pas des mesures réalisées à Lyon : ce sont des scénarios de dimensionnement. La première campagne devrait justement mesurer la densité réelle et établir une courbe locale. Les études disponibles confirment cependant deux points utiles : Aedes albopictus est surtout actif le jour, avec des profils souvent élevés le matin et en fin d’après-midi, et les pièges montés sur véhicule existent depuis des décennies comme outils d’échantillonnage entomologique.

VitesseAir effectif estimé (m³/h)Captures médianes*Lecture
6 km/h212–353≈ 2,0Faible traînée, filet parfois peu tendu
8 km/h283–471≈ 2,5Zone recommandée
10 km/h353–589≈ 2,9Point nominal de calcul
12 km/h424–707≈ 3,0Limite haute recommandée
15 km/h530–883≈ 2,7Gain annulé par la baisse de rétention ; déconseillé

* Scénario de dimensionnement, pas une mesure lyonnaise.

Pourquoi rouler plus vite ne résout pas tout ?

À 15 km/h, le vélo rencontre davantage d’air. Pourtant, les moustiques peuvent être déviés par le front de pression, endommagés contre la maille ou ressortir lorsque le filet se détend. La tenue en virage et au vent se dégrade aussi. Le modèle fait donc culminer le rendement utile autour de 8 à 12 km/h.

Adrien fixerait la consigne à 8–10 km/h sur des boucles courtes, ombragées et répétables. L’entrée du filet serait centrée entre 70 et 80 cm du sol, avec un bord bas vers 55–60 cm : l’ECDC recommande une entrée proche de 50 cm lorsqu’on cible Aedes albopictus, espèce qui recherche ses hôtes près du sol.

CréneauIndice*Capture médiane à 10 km/hUsage
06 h–08 h1,23,5/hDémarrage possible, dépend de l’aube
08 h–10 h1,54,4/hFenêtre prioritaire à tester
10 h–12 h1,02,9/hActivité diurne variable
12 h–15 h1,13,2/hLe pic de midi existe dans certaines études
15 h–17 h1,23,5/hRemontée progressive
17 h–20 h1,74,9/hFenêtre prioritaire à tester
20 h–22 h0,30,9/hChute attendue après le crépuscule
Nuit0,10,3/hPeu pertinent pour Aedes albopictus

* Courbe proposée pour le pilote, non mesurée à Lyon.

Encombrement nominal : 950 × 500 × 300 mm hors platine.

Le filet n’est pas une simple chaussette

Le matériau retenu est un polyester hydrophobe à maille d’environ 1,0 mm. Une maille plus fine retient mieux les petits diptères mais augmente la perte de charge ; une maille plus large améliore l’air mais laisse davantage d’insectes s’échapper. L’anneau est formé par un jonc en fibre de verre de 6 mm : léger, flexible et moins agressif en cas de contact qu’un cercle rigide en métal.

Deux bras en aluminium 6060 de section 20 × 20 × 1,5 mm relient l’ouverture à une platine fixée sur un porte-bagages. Un cône intérieur de 300 mm guide les insectes vers un col de 18 mm. La cartouche finale, 75 mm de diamètre sur 180 mm, se retire après fermeture du col et du bouchon quart-de-tour.

L’ensemble viserait 1,3 à 1,6 kg. Le prototype ne doit jamais masquer le feu ni le catadioptre arrière. La largeur du filet doit rester au moins 20 mm inférieure à celle du guidon, et le montage est exclu sur un vélo sans porte-bagages correctement dimensionné.

Coupe fonctionnelle, détail des brides et nomenclature du prototype.

Le vrai problème : le piège attrape aussi ce qu’on ne voulait pas

Un filet roulant est non sélectif. Une étude danoise utilisant des filets sur des voitures a retrouvé 15 des 19 ordres d’insectes volants présents dans le pays, dont de nombreux diptères. Cela montre la puissance de la méthode pour la surveillance, mais aussi son risque écologique.

Le déploiement devrait donc éviter les prairies fleuries, les abords de ruches et les périodes de forte activité des pollinisateurs. Chaque cartouche pilote serait triée par un entomologiste. Si la part d’insectes non ciblés dépasse 25 %, la route ou l’horaire serait suspendu. Sans cette règle, industrialiser le dispositif reviendrait à remplacer un nuisible par un problème de biodiversité.

Peut-on fabriquer le prototype pour moins de 250 euros ?

Oui dans l’hypothèse basse, à condition de partir d’un vélo déjà équipé d’un porte-bagages. Les matériaux représentent 117 à 187 € : filet, joncs, tubes d’aluminium, platine, brides, cartouche, fermeture et signalisation. Avec trois heures de découpe, couture, perçage, montage et contrôle à 35 €/h, le prototype complet se situe entre 222 et 292 € ; viser moins de 250 € impose donc des achats au bas des fourchettes.

À 10 000 exemplaires, le coût industriel pourrait tomber vers 38 à 55 € hors taxes par kit, avec un prix public plausible de 89 à 129 €. Mais vendre le kit avant d’avoir prouvé son rendement, sa sécurité et sa sélectivité serait prématuré.

PosteQuantitéFourchette TTC
Filet polyester hydrophobe, maille 1,0 mm1,4 m²10–18 €
Jonc fibre de verre Ø6 mm + manchons≈ 1,4 m6–12 €
Tubes aluminium 20×20×1,5 mm≈ 2 m13–20 €
Platine aluminium 180×120×4 + équerres1 lot15–25 €
Brides M5 inox, EPDM, visserie freinée1 lot18–25 €
Cône anti-retour + couture/ourlets/zip1 lot20–35 €
Cartouche PETG Ø75×180 + bouchon115–22 €
Feu, catadioptre, bandes réfléchissantes1 lot12–18 €
Consommables et marge d’ajustement8–12 €
Total matières prototype117–187 €
Main-d’œuvre prototype, 3 h à 35 €/h3 h105 €
Total prototype complet222–292 €

Et si 1 000 cyclistes devenaient des « rouleurs-piégeurs » ?

Le scénario industriel le plus crédible n’est pas une armée improvisée qui promet d’éradiquer le moustique. Ce serait un programme de science citoyenne encadré par des collectivités, des entomologistes et des associations cyclistes.

Mille volontaires roulant une heure, quatre fois par semaine pendant vingt semaines produiraient 80 000 heures-pièges. Avec 1 à 10 moustiques tigres capturés par heure, cela représenterait 80 000 à 800 000 captures sur la saison. L’écart d’un facteur dix montre pourquoi aucun chiffre spectaculaire ne doit être publié avant un pilote.

Le budget de première année : kits, conception, essais, formation, application de suivi, analyses entomologiques, assurance et coordination se situerait autour de 400 000 à 550 000 €. À ce prix, le dispositif doit fournir autre chose qu’un sac d’insectes : une carte fine des heures et microquartiers actifs, des données météo corrélées et un outil d’alerte pour cibler les actions sur les gîtes larvaires.

Verdict : brillante épuisette scientifique, arme anti-moustiques encore non prouvée

Le vélo-piège est mécaniquement faisable. Les filets montés sur véhicule ont une vraie histoire scientifique. Le débit d’air, la masse et la traînée sont compatibles avec une expérimentation lente. En revanche, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’il réduirait durablement la population de moustiques tigres d’un quartier.

Son meilleur avenir immédiat est la surveillance mobile : comparer des itinéraires, repérer les heures d’activité et produire des données standardisées. Pour la lutte elle-même, la suppression hebdomadaire des petites eaux stagnantes reste prioritaire. Un seul récipient productif peut annuler en quelques jours le bénéfice de nombreuses heures de vélo.

Adrien résumerait son invention ainsi : « Le filet peut compter et capturer. Pour prétendre combattre, il doit d’abord prouver qu’il cible le bon insecte, au bon endroit, sans mettre le cycliste ni la biodiversité en danger. »

Verdict : construire et tester dix prototypes est rationnel. Promettre une réduction durable des moustiques avant les essais ne l’est pas.

Sources principales

  1. S1Ville de Lyon, « Le moustique tigre est de retour », 21 mai 2026.
  2. S2Métropole de Lyon, « La lutte contre le moustique tigre », mise à jour 2026.
  3. S3Anses, Moustique tigre en France hexagonale : risque et impacts, 2024.
  4. S4ECDC, Field sampling methods for mosquitoes, sandflies, biting midges and ticks, 2018.
  5. S5Unlu et al., « Do tigers hunt during the day? », PLOS Neglected Tropical Diseases, 2021.
  6. S6Bidlingmayer, « Use of the truck trap for evaluating adult mosquito populations », Mosquito News, 1966.
  7. S7Svenningsen et al., « Detecting flying insects using car nets and DNA metabarcoding », Biology Letters, 2021.
  8. S8Reinhold, Lazzari et Lahondère, effets de la température sur Aedes, Insects, 2018.
  9. S9Anses, « Les pièges à moustiques sont-ils vraiment efficaces ? », 2022.
  10. S10Légifrance, Code de la route, articles R312-19 à R312-25, version en vigueur au 25 juillet 2026.
  11. S11Sécurité routière, équipements obligatoires à vélo.
  12. S12ISO 11243:2023, Cycles — Luggage carriers for bicycles — Requirements and test methods.
  13. S13Règlement (UE) 2023/988 relatif à la sécurité générale des produits.
  14. S14ANRS MIE, 81 départements métropolitains colonisés au début de 2025.
  15. S15LPO, rôles écologiques et pollinisation par les moustiques, 2024.
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A propos de l'auteur

Passionné d'histoire, la ville de Lyon me fascine à la fois pour son patrimoine exceptionnel mais aussi par son atmosphère si unique qui règne dans ses différents quartiers.

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