vieux metiers lyonnais

Ces vieux métiers lyonnais que vos ancêtres ont peut-être exercés

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Dans une généalogie, un métier ancien n’est jamais un simple détail administratif. À Lyon, il peut ouvrir une porte entière sur l’histoire d’une famille : un arrière-arrière-grand-père tisseur en soie à la Croix-Rousse, une aïeule dévideuse, un oncle imprimeur près de la rue Mercière, un cousin marchand, une domestique installée dans la Presqu’île ou un ouvrier venu travailler dans l’industrie textile.

Car Lyon n’est pas seulement une ville de dates, d’actes et de registres. C’est une ville de métiers. Et certains métiers racontent mieux que d’autres l’histoire sociale des familles lyonnaises.

Au XIXe siècle, la soierie occupe une place immense dans la ville : les Archives municipales de Lyon rappellent qu’au moment des révoltes des canuts, on compte environ 400 fabricants pour 30 000 ouvriers en soie. Autrement dit : si votre arbre généalogique plonge dans le Lyon du XIXe siècle, il y a de fortes chances qu’un métier lié au textile, au commerce, à l’artisanat ou à l’imprimerie apparaisse quelque part dans les actes.

Pourquoi les métiers sont précieux en généalogie ?

Le métier d’un ancêtre permet de comprendre son niveau de vie, son quartier, ses relations, parfois même ses déplacements. Un acte de mariage qui mentionne “chef d’atelier”, “tisseur”, “marchand-fabricant”, “domestique” ou “imprimeur” n’a pas seulement une valeur descriptive : il donne une piste.

Les professions apparaissent souvent dans les actes d’état civil, les recensements, les registres militaires, les archives notariales ou les actes de succession. FranceArchives rappelle que les registres paroissiaux et d’état civil sont les premiers documents à consulter pour débuter une généalogie. Les recensements lyonnais, eux, sont particulièrement utiles pour replacer un foyer dans une rue, un quartier, parfois un immeuble ; les Archives de Lyon indiquent que les listes nominatives sont établies par arrondissement puis par quartier.

DocumentOù trouver le métier ?Ce que cela peut révéler
Acte de naissanceProfession du père, parfois des témoinsNiveau social, quartier, réseau familial
Acte de mariageProfession des époux, parents et témoinsAlliances sociales, mobilité, contrat de mariage
Acte de décèsProfession du défunt ou du conjointDernière situation connue
RecensementProfession de chaque membre du foyerTravail des femmes, enfants, cohabitation, adresse
Registre matriculeMétier civil du conscritParcours professionnel avant le service militaire
Acte notariéMétier, biens, atelier, boutiquePatrimoine, outils de travail, dettes, héritiers

Les métiers de la soie : la grande piste lyonnaise

Impossible de parler des vieux métiers lyonnais sans commencer par la soie. Pendant plusieurs siècles, Lyon vit au rythme de la Fabrique, ce système économique qui réunit négociants, marchands-fabricants, chefs d’atelier, ouvriers, tisseuses, dévideuses, ourdisseuses et apprentis.

Les Archives municipales de Lyon consacrent un fonds à la Grande Fabrique de soie, couvrant la période 1619-1791. Pour le généalogiste, c’est un univers extrêmement riche, car la soie lyonnaise n’est pas un seul métier, mais toute une chaîne de métiers.

Métier trouvé dans un acteSignification probablePiste généalogique
CanutOuvrier tisseur de soie lyonnaisCroix-Rousse, Pentes, ateliers-logis
Chef d’atelierTisseur indépendant possédant ou louant des métiersActes notariés, contrats, prud’hommes
Ouvrier en soieTravailleur employé dans la FabriqueRecensements, adresses, presse ouvrière
DévideuseFemme chargée du dévidage du filTravail féminin souvent sous-estimé
OurdisseusePrépare les fils de chaîne avant le tissageMétier textile spécialisé
PassementierFabricant de rubans, galons, franges, ornementsAteliers de passementerie
Marchand-fabricantNégociant commandant les pièces de soieArchives commerciales, notaires
TeinturierPrépare ou colore les fils et tissusMétiers liés à l’eau, aux ateliers, aux produits chimiques
Dessinateur en soierieCrée les motifs destinés au tissageÉcoles, maisons de soierie, archives d’entreprise

Soierie Vivante définit le canut comme un ouvrier tisseur de soie lyonnais et propose un glossaire utile pour comprendre les termes techniques comme chaîne, trame, dévidage ou tirage.

Exemple généalogique

Vous trouvez dans un acte de mariage de 1868 la mention :

“Pierre B., chef d’atelier, domicilié montée de la Grande-Côte.”

Ce n’est pas anodin. La montée de la Grande-Côte est au cœur de l’univers des canuts. Les Archives de Lyon expliquent que les traboules servaient notamment au transport des fils de soie et des étoffes entre les magasins des maisons de fabrique et les ateliers situés dans les rues des pentes et du plateau.

Le bon réflexe consiste alors à chercher :

Recherche à fairePourquoi ?
Recensement de la rue ou du quartierRetrouver le foyer complet
Actes de naissance des enfantsVérifier la stabilité du métier
Acte de mariageIdentifier les témoins, parfois eux aussi ouvriers en soie
Archives notarialesChercher un contrat, une dette, un bail, un inventaire
Presse ouvrière lyonnaiseReplacer le métier dans son contexte social

Les canuts : attention au mot qui cache plusieurs réalités

Aujourd’hui, le mot “canut” est presque affectueux. Il évoque la Croix-Rousse, les traboules, les métiers Jacquard et l’identité lyonnaise. Mais il faut le manier avec prudence dans un article généalogique.

Soierie Vivante rappelle que le terme a longtemps pu avoir une nuance péjorative et qu’il était parfois mal perçu par les tisseurs eux-mêmes. Dans les actes, on rencontrera donc plus souvent des formulations comme tisseur, ouvrier en soie, chef d’atelier, fabricant, marchand-fabricant ou passementier.

Terme moderneTerme plus probable dans les actesCe qu’il faut vérifier
CanutTisseur, ouvrier en soieAdresse, atelier, quartier
PatronChef d’atelier, fabricantPossession de métiers, employés
Industriel de la soieMarchand-fabricant, négociantNotaires, successions, annuaires
Ouvrière textileDévideuse, ourdisseuse, tisseuseRecensements, actes de mariage

La Croix-Rousse, quartier-clé pour les ancêtres tisseurs

Si votre ancêtre travaillait dans la soie, la Croix-Rousse devient une piste majeure. Le quartier s’est transformé avec l’installation des métiers à tisser, notamment des grands métiers Jacquard. Patrimoine Lyon souligne que les logements à hauts plafonds et bien éclairés permettaient d’installer ces métiers dans les appartements-ateliers.

Deux lieux permettent aujourd’hui de mieux comprendre ce décor familial :

LieuAdresseIntérêt pour comprendre un ancêtre
Maison des Canuts10/12 rue d’Ivry, 69004 LyonDémonstration de métier à bras Jacquard, histoire de la soie
Soierie Vivante21 rue Richan et 12 bis montée Justin-Godart, 69004 LyonAteliers-logis, tissage, passementerie, quotidien des canuts

La Maison des Canuts indique proposer des démonstrations sur métier à bras Jacquard du XIXe siècle. Soierie Vivante précise sauvegarder deux ateliers de tissage-logis appartenant à la Ville de Lyon, avec des visites dans l’atelier de passementerie et l’atelier municipal de tissage.

Les métiers de l’imprimerie : l’autre grande tradition lyonnaise

Lyon fut aussi une ville majeure du livre. Si un ancêtre est mentionné comme imprimeur, typographe, compositeur, relieur, libraire, fondeur de caractères ou graveur, il existe un vrai lien avec l’histoire lyonnaise.

Le Musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique rappelle que Lyon fut, entre la fin du XVe siècle et le milieu du XVIe siècle, un centre d’innovation et de diffusion du livre imprimé comparable à Venise ou Leipzig. Patrimoine Lyon situe le quartier historique des imprimeurs autour de la rue Mercière dès le XVe siècle.

MétierCe qu’il peut indiquerOù creuser ?
ImprimeurAtelier ou emploi dans l’éditionRue Mercière, Presqu’île, archives professionnelles
TypographeComposition des textes en caractèresRecensements, annuaires, syndicats
RelieurTravail artisanal du livreArchives commerciales, actes notariés
LibraireCommerce du livreAnnuaires, actes de commerce
GraveurImages, caractères, estampesMusées, collections, fonds spécialisés
Fondeur de lettresFabrication de caractères typographiquesFonds du livre, bibliographies lyonnaises

La Bibliothèque municipale de Lyon signale notamment des ressources bibliographiques sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au XVIe siècle.

Exemple généalogique

Vous trouvez dans un acte de naissance de 1842 :

“Jean M., typographe, demeurant rue Mercière.”

Ce métier peut orienter vers plusieurs recherches : actes d’état civil des enfants, recensements, annuaires, archives de presse, fonds liés à l’imprimerie. Le métier est aussi un indice de sociabilité : les ouvriers de l’imprimerie ont souvent été alphabétisés, politisés, syndiqués ou engagés dans des sociétés de secours mutuel.

Les métiers du commerce et des foires

Avant l’industrie moderne, Lyon est aussi une ville de foires, de négoce et d’échanges. Dans les actes anciens, les mots marchand, négociant, commissionnaire, courtier, employé de commerce, commis ou boutiquier reviennent fréquemment.

À la Renaissance, Lyon se développe fortement grâce aux foires et au commerce international. Patrimoine Lyon rappelle que les foires annuelles ont favorisé la diffusion des productions des imprimeurs lyonnais.

Mention dans un acteLecture possiblePiste à suivre
MarchandTerme large, du petit commerce au négoceNotaires, contrats, successions
NégociantCommerce plus important, parfois internationalArchives commerciales, annuaires
CommisEmployé d’un négociant ou d’une maisonRecensements, adresses
CourtierIntermédiaire commercialActes notariés, commerce
BoutiquierCommerce localAdresse, quartier, inventaire après décès

Un ancêtre “marchand” ne doit jamais être interprété trop vite. Le mot peut désigner un petit vendeur comme un acteur économique important. L’acte notarié est souvent le document qui permet de trancher.

Les métiers liés au Rhône et à la Saône

Lyon est une ville de confluence. La Saône, le Rhône, les ports, les quais, les ponts et les entrepôts ont fait vivre de nombreux métiers : marinier, batelier, voiturier par eau, portefaix, débardeur, charretier, commissionnaire, douanier, employé d’octroi.

MétierCe qu’il faisaitIndice généalogique
MarinierTransport fluvialFamilles mobiles, actes dans plusieurs communes
BatelierNavigation sur rivièreQuais, ports, métiers familiaux
PortefaixPorteur de chargesQuartiers marchands, halles, quais
CharretierTransport terrestreLiens entre ville et campagne
Employé d’octroiContrôle des marchandises à l’entrée de la villeArchives administratives

Ces métiers sont précieux car ils expliquent parfois pourquoi une famille ne reste pas longtemps au même endroit. Un batelier ou un voiturier peut avoir des enfants nés dans plusieurs communes le long d’un axe fluvial ou commercial.

Les métiers de bouche : la généalogie côté cuisine lyonnaise

Lyon est connue pour sa gastronomie, mais derrière l’image joyeuse des bouchons se cachent des métiers très présents dans les actes : boulanger, pâtissier, charcutier, boucher, limonadier, cabaretier, aubergiste, cuisinière, garçon de café, domestique de maison.

MétierCe qu’il peut révéler
Cabaretier / aubergisteUn lieu de sociabilité, parfois une affaire familiale
LimonadierCafé, boisson, petite restauration
Boucher / charcutierMétier réglementé, commerce de quartier
BoulangerTravail urbain stable, souvent transmis
CuisinièreTravail féminin, maison bourgeoise ou restaurant
DomestiqueMigration sociale, placement, souvent jeune âge

Dans les recensements, ces métiers permettent de comprendre l’organisation d’un foyer. Une jeune femme “domestique” à Lyon peut venir d’une commune rurale du Rhône, de l’Ain, de l’Isère ou de la Loire. Son métier raconte alors une migration de travail.

Où chercher les vieux métiers lyonnais dans les archives ?

ObjectifSource à consulterAdresse ou portail
Retrouver un métier dans un acte lyonnaisArchives municipales de Lyon1 place des Archives, 69002 Lyon
Étudier une famille hors Lyon mais dans le RhôneArchives du département du Rhône et de la métropole de Lyon34 rue Général Mouton-Duvernet, 69003 Lyon
Comprendre un métier de la soieMaison des Canuts10/12 rue d’Ivry, 69004 Lyon
Voir un atelier-logis de canutSoierie Vivante21 rue Richan et 12 bis montée Justin-Godart, 69004 Lyon
Étudier un imprimeur ou un typographeMusée de l’Imprimerie et de la Communication graphique13 rue de la Poulaillerie, 69002 Lyon
Explorer les collections imprimées lyonnaisesBibliothèque municipale de Lyon / NumelyoCollections patrimoniales et bibliothèque numérique

Les Archives municipales de Lyon indiquent que la salle de lecture est ouverte du lundi au vendredi de 13h à 17h. Le Musée de l’Imprimerie est situé 13 rue de la Poulaillerie, dans le 2e arrondissement.

Comment exploiter un métier ancien dans son arbre généalogique ?

1. Noter le métier exactement comme il est écrit

Ne modernisez pas trop vite. “Tisseur”, “ouvrier en soie”, “chef d’atelier” et “fabricant” ne racontent pas la même position sociale.

2. Comparer plusieurs actes

Un ancêtre peut changer de métier au fil de sa vie. Il peut être “ouvrier en soie” à son mariage, “chef d’atelier” à la naissance d’un enfant, puis “rentier” à son décès. Cette évolution est une information généalogique forte.

3. Croiser métier et adresse

À Lyon, l’adresse est souvent la clé. Un tisseur à la Croix-Rousse, un imprimeur rue Mercière, un marchand sur la Presqu’île ou un portefaix près des quais ne s’interprètent pas de la même manière.

4. Chercher les témoins

Les témoins d’un mariage sont parfois des collègues, voisins, patrons ou parents exerçant le même métier. Ils permettent de reconstituer un réseau.

5. Aller vers les archives notariales

Un inventaire après décès peut mentionner un métier à tisser, des outils, des marchandises, un bail d’atelier, des dettes commerciales ou un fonds de boutique.

Exemple complet : un ancêtre “ouvrier en soie” à Lyon

Imaginons une mention dans un acte de décès :

“Antoine R., ouvrier en soie, âgé de 54 ans, domicilié rue des Tables-Claudiennes.”

Voici une méthode efficace :

ÉtapeRechercheCe que vous pouvez espérer trouver
1Acte de mariageLieu de naissance, parents, métier à une date antérieure
2Actes de naissance des enfantsÉvolution de l’adresse et du métier
3RecensementsComposition du foyer, autres travailleurs en soie
4Recherche dans le quartierPentes de la Croix-Rousse, proximité des ateliers
5Archives notarialesBail, inventaire, succession
6Contexte historiqueRévoltes des canuts, presse ouvrière, conditions de travail

Ce type de recherche transforme une ligne d’état civil en récit familial. L’ancêtre n’est plus seulement une date : il retrouve un atelier, une rue, une condition sociale.

Les sources fiables à garder sous la main

SourcePourquoi la consulter ?
Archives municipales de LyonActes, recensements, fonds sur la soierie, expositions historiques.
Archives du département du Rhône et de la métropole de LyonCommunes du Rhône, notaires, hypothèques, registres militaires.
Soierie VivanteGlossaire, ateliers-logis, démonstrations, métiers de la soie.
Maison des CanutsHistoire de la soie lyonnaise, métier Jacquard, visites.
Musée de l’Imprimerie et de la Communication graphiqueHistoire du livre, typographie, imprimerie lyonnaise.
Bibliothèque municipale de LyonCollections sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres.

Le conseil à retenir

Pour raconter une famille lyonnaise, ne vous contentez pas des noms et des dates. Regardez les métiers. Un canut, une dévideuse, un imprimeur, un cabaretier, un portefaix ou une domestique peuvent révéler un quartier, une migration, un niveau social, un réseau professionnel et parfois une véritable aventure familiale.

À Lyon, les vieux métiers ne dorment pas dans les archives. Ils attendent qu’on les relise.

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A propos de l'auteur

Passionné d'histoire, la ville de Lyon me fascine à la fois pour son patrimoine exceptionnel mais aussi par son atmosphère si unique qui règne dans ses différents quartiers.

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